Vie et destin

Texte de Vassili Grossman
Mise en scène de Lev Dodine,
Théâtre DRAMA
Saint Pétersbourg

reprise à la MJC de Bobigny , mars 2008.

 

Vie et destin, de Vassili Grossman
Production : Maly Drama Theatre-Théâtre de l’Europe • Saint-Pétersbourg
Mise en scène : Lev Dodine
Assistante à la mise en scène : Valery Galendeev

Avec les élèves de l’Académie théâtrale de Saint-Pétersbourg et les acteurs du Maly Drama Theatre-Théâtre de l’Europe : Elizaveta Boyarskaya, Tatiana Chestakova, Oleg Dmitriev, Pavel Gryaznov, Ekaterina Kleopina, Alexandre Kochkarev, Anatoly Kolibyanov, Danila Kozlovski, Sergei Kozyrev, Sergey Kouryshev, Valery Lappo, Urszula Malka, Alexi Morozov, Stanislav Nikolskiy, Adrian Rostovskiy, Daria Roumyantseva, Oleg Ryazantsev, Vladimir Seleznev, Elena Solomonova, Alena Starostina, Igor Tchernevitch, Anastasia Tchernova, Stanislav Tkachenko, Georgi Tsnobiladze, Vladimir Zakharyev, Alexey Zubarev

Scénographie : Alexei Porai-Koshits
Création costumes : Irina Tsevetkova
Création lumière : Cleb Filshtinski
Création musicale : Milhail Alexandrov, Evgeni Davydov

 

Il y a des attentes des espoirs on vous dit que, les Russes, la méthode, la préparation, le sérieux, la tradition, on espère,  que le théâtre se réalisera, se manifestera, mais comment ? car il y a bien des simulacres, et plein de simulateurs qui s’affichent ah les beaux discours

 

Et puis

 il y a un démarrage si évident, échange de ballon au-dessus d’un filet, et cette femme qui s’avance, son phrasé, ce qu’elle évoque, la juive, la mère,  la victime qui n’y échappera pas, 

et les autres qui du ballon tout d’un coup s’échappent, dessinent des espaces, des figures, des personnages, des groupes

enchaînements si subtils  qu’on ne voit pas comment ils sont devenus prisonniers, goulags russes, camps allemands, rituel répété des appels, le filet devenu grille, mur, séparation, exclusion, défilé

et l’analyse s’affirme, on dénonce, on dissèque les souffrances d’un peuple, horreurs multiples,

ici ce sont des vivants qui nous le disent, les mêmes russes, les descendants, fils et filles, unité de la culture, de la mémoire, et la  langue qui vibre

dans ces échanges entre  individu et groupe, on ressent  que les gestes ont été établis par la complicité  d’un travail d’acteurs de longue haleine, on ressent  les engagements de chacun, les inventions,

on est époustouflé parce que tout est de la même qualité, sans tache dit mon fils, sans tache, presque trop parfait,  parfait les gestes, les registres

il y a ce qu’il faut de dessiné, part réel (silhouette, table, meuble, lit, etc.) et l’autre partie, ouverte vers l’impalpable, le discours, le chant, la mémoire, la mort

espace ciselé par ces corps et ces voix si accordés, avec  aussi un peu de musique, jouée, et des chants,

curieusement ici tout est soft,

pas d’exécution, pas de mise en scène grotesque d’une violence mimée, pourtant le propos est de nous amener vers l’irreprésentable, la cruauté la plus totale, l’extermination des volontés et des corps, individuellement et collectivement

pour atteindre cette représentation, pour que le théâtre justement puisse même envisager  un tel propos il faut beaucoup de respect et d’abnégation,

 ici personne ne s’affiche, pourtant c‘est bien un spectacle, les rythmes sont tenus, les espaces  si justement éclairés, les corps s’étreignent, se désirent, les nudités esquissées, mais rien ne s’exhibe, on est pris par le jeu de chacun, acteur  si proche du personnage, ah l’école russe ! la scène aussitôt jouée l’acteur s’en extrait pour rejoindre le groupe, ou un autre espace,

il faudrait aussi admirer le travail d’adaptation d’un roman aussi complexe, la schématisation retenue, le modelage des personnages, la clarté du propos et  la cohérence du tout, ce terrible propos tenu avenue Maurice Thorez, des Russes viennent nous dire que les camps allemands et ceux des soviets sont de la même espèce, fin du stalinisme cauchemar

le groupe final arrive avec ses trombones et sa fanfare, la cohorte avance et se met devant le filet, tourne le dos aux spectateurs et plonge vers l’obscur,

C’est le travail des corps, l’ambiance sombre, la vie et la densité des échanges qui permettent cette évocation, comme un jeu respectueux, sans élever la voix, sans aucune amplification, simplicité de la compassion et de la réflexion

  Au cœur, il y a le sérieux, le poids de ce travail théâtral qui habite l’ensemble de la troupe,
alors on retrouve les fascinations d’un art qui consiste à représenter, où des adultes prennent le temps de jouer pour d’autres, alors le théâtre peut côtoyer l’histoire, ainsi nous l’avaient montré les Grecs.

 

les personnages, groupe et filet

 

les prisonniers des camps

 

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