Juste éclos

 

     

 

 

 

Laissez la nuit se glisser

En la maison enserrée

 

Comme un baiser

 

Elle défait les peurs d’enfants

Les longs oppressements

 

Elle ouvre les étoiles

Aux volets clos de tes yeux

 

L’univers apparaît sombre et lumineux

Photons qui filent depuis l’origine

Particules invisibles qui traversent

Ton corps et toute matière

De cette pauvre Terre

Furieuse magnétique

 

Souffle des créatures

En leurs amours

Inachevés

 

  

21 juin 2018

 

 

 

                                                                                                     Guillaume

Ecrire

Un poème

Chaque jour

Dit la dame

 

ça me gratte

dit l’écrivain

ça me démange

dit  Guillaume IX

 

Farai un vers de dreit nien          (je ferai un poème sur rien du tout

Non er de mi ni d’autra gens     (non sur moi ni sur d’autres

Non er d’amor ni de joven         (ni sur l’amour ni la jeunesse

ni  de ren au                                      (ni sur rien d’autre

qu’enans fo trobatz en durmen ( il a été composé en dormant

sus un chevau                                  (sur un cheval)

 

 

 

d’après le livre de Michel Zink les troubadours, p77, poème de Guillaume IX comte de Poitiers, et grand père d Eléanor, XIIème siècle,  peut être n’a-t-il  jamais écrit, mais sa figure est devenue légendaire

 

20 juin 2018

 

 

                                                                                                             Physik 1

 

  

N’en déplaise à Eluard

 

Le soleil est bleu

 

 

 

 

Juin 18

 

 

Racine

 

Un seul amour blessé

 Que fîtes-vous Seigneur ?

Les serments les cinés les reconstitutions

Au bal de la langue qui fait  vivre les princesses

ou mourir les héros sous les lois de leurs reines.

 

Rigueur des jansénistes

Face à  la gloire du roi

 

L’univers se déchire

Les destins se dissolvent

Hiéroglyphes des corps

 

Murmure des aveux

Gravité des amants

 

 

mercredi 16 mai 2018

 

 

 

Tourbillons de Descartes

Charmes de la Hollande

 

Monsieur Descartes tourbillonnait

Si  bien à Amsterdam, sa bière, ses tourbillons, ses poêles, loin de Paris et de Louis

Des tourbillons partout au lieu de vide

Ils encerclent la terre, le soleil, toutes les planètes,

Ils brassent les cieux et créent cette gravité qui nous entraîne

Vide infini  dit Newton

Dégagent  les tourbillons  Aristote et Descartes .

 

  

dimanche 29 avril 2018

 

 

Ce qu’on a perdu

 

Seul est nôtre ce que nous avons perdu

Ecrit Borges aveugle

Ainsi l’aimée disparue ou quittée

Perdure en toi et se met à fleurir

Rose devient tienne

Le fou se marie à l’Absente

L’Univers vide à son chaos

Quelque chose qui souhaiterait être

Se perd

le chat de Schrödinger

 

Paris 13/04/2018

 

Journée

 D’hiver

 

Premier mars 2018

 

300 kg de sel ont été déversés

le ciel plombe

la chaussée  blanche

on y passe la nuit

 

dernier jour d’hiver

autrefois on allait en traineau à  travers la ville

 

les chasseurs de Bruegel reviennent vers le village gelé

on  y danse on y glisse

 

les corbeaux dessinent de leurs griffes

des paysages abstraits et nus

 

un petit chien se dandine fièrement sur la neige

 

un peu de vin chaud

qu’un brasero

enflamme

 

 

 

 

belle Macha

 

 

C’est comme une pièce qu’on aurait fini de jouer

Les commentaires ont été faits, les références ont été données, les acteurs ont joué leur rôle

Le drame est achevé, maintenant

Ils n’ont plus rien à se dire

Se souvenir du spectacle grandiose et des petites erreurs

Mais rien ne recommence

Les représentations sont arrêtées

On a presque démonté les décors

Siffle alors un mauvais paysage qui a du mal à prendre

Un quai de gare où des voyageurs attendent

Je suis en deuil de ma vie

Je ne connais pas le bonheur

Macha serrait l’enfant de sa sœur

Sa robe noire

Si belle

 

8 janv 2018

Commentaire titre

Finalement le titre sera  belle Macha

Si je dis elle, alors on lit le début en relation avec une elle, c’est juste, mais on oublie Macha

Si je titre Macha, alors on lit en relation à une pièce de théâtre, c’est juste, mais on oublie elle

Il faut bien sûr connaître le personnage de Macha dans la Mouette de Tchékhov, surgissant sur scène déclamant sa profession de foi  « Je suis en deuil de ma vie Je ne connais pas le bonheur». Il faut être Tchékhov pour oser cette impossible déclaration, pathétique et comique, effet tellement drôle de planter là ainsi cette fille en robe noire qui déclare son mal être et l’autre qui lui répond par ses problèmes d’argent.

En fait tout ce poème  est relié à un soir de fête de nouvel an, chez de grands amis, avec la présence d’une famille portugaise, il y avait une grande sœur, habillée tout en noir, et qui faisait la gueule, ni belle ni laide, veillant l’enfant d’une autre. Dans son intensité et sa mélancolie, elle m’a évoqué Macha, on pouvait la mettre sur scène, c’était elle, prête à dire les mots fameux, avec elle on aurait compris.