FIEVRES

ANTON ALAIN

 

KLANBA EDITIONS. Paris 2002.

 

 

"Un rythme s'y met

Et tu acquiers un bien".

Guillevic. Art Poétique

Lecteur

 

Les intertitres ne sont pas des classements plutôt des bornes, des pauses qui indiquent des directions, présentes dans les autres poèmes.

Des poèmes anciens côtoient des poèmes du jour, de 1980 à 2002.

La poésie est faite pour être lue, si tu veux la dire, ne la clame pas, trouve ton murmure, un chant proche de la pensée.

Espérance que ces mots cerclent et retiennent un peu de ce temps,

 

Anton Alain

 

 

Intro

 

flots de mots aux amis

flots de souvenirs

les poèmes sont libres

art valorisé et dévalorisé

 

la nef est sur la page

 

une voix pour nos corps

des mots pour résister

pensez et nuancez

hurlez et crucifiez

ressuscitez

si vous le pouvez

voix de ceux qui nous rachètent

voix incorruptibles et corruptibles

transfert des âmes et des siècles

 


 

 

psy

K

analyse du chaos

pour conclure

au chaos

 

n'empêchera pas les effusions

elles remodèlent

 

intelligence

la substantifique moelle du poème

 

on ne haïra jamais assez ceux qui n'en ont vu qu'une

formalisation pathétique ah Hue Go

curieux

Eugène Guillevic et Allen Ginsberg

se sont aimés

 

Ezra Ezra

 

dans les lunes de l'enfance

une douceur

dollars accrocs

des mères absentes détruites

emblèmes du château de DUINO

 

 

Sur la falaise des tempêtes

un peu d'or avec de l'écume

des anges

 

 

 

 

mais le poème

cette sphère de soleil et d’essaims qui fleurit

  • entre les cimes du cerveau gris

  • chante l’azur parmi les joyeuses fumées,

    tout s’élève pour être consumé

     

    retour vers l'immense cité

    les morts plus petits que leurs rêves

     

     

                                    berce les vivants

    écoute le vent

     

     

     

    Le poème n'allume aucune lanterne

    N'empêche aucune larme

    Ne transforme pas le monde

    Il trace la route de l'être.

     

    Paris 2002

     

     

    INDES

     

     

     

                    Himalaya

     

  • la montagne interrogée

    a sur son cœur

    un village

     

     

    au début du jour

    un autre alphabet

    à écouter les astres

    le moine éructa l'oubli

     

  •  

     

    salut conciliateur

    d’avoir perdu nom

    et jusqu’à ce salut

    lui rendre le bonjour

     

     

    une route sans voyance

    une errance avec la langue

    une errance somnolente

    une errance de divânerie

     

     

     

    Mac Leod

     

    le soir lance au loin l’appel

    soir soir puis rien

    l’amour la mort la fin

    l’hirondelle le vent

    la nuit

    la bourrasque le froid village

    au fond d’un matin

    un vieux chien

    des mots

    des acteurs

    le tournage de l’enfance

    on revient

    matin par matin

    l’aventura compte ses biens

    en vain

     

     

     

    Sometimes

     

    Le temps d’un rite

    sur tes épaules

    le jour s’est confondu à l’amour

    le soir le rire le rire et l’après rire

    la vie s’est installée

    et pieuse elle a été

    jusqu’à la humble humble réalité

    le bleu des cris a des horloges

    à la recherche à la recherche

    la main tient l’homme en équilibre

    en paix immobile mobile

    écrire

    des mots chauds de vie divine

    donne nous à boire

    par la pluie du désir l’homme ardent

    a élevé la journée

    sur son dos sur ses yeux sur son visage

    il a serré son dieu et le bruit de sa mort

     

     

     

    à Michel J. de Nantes

     

     

    Dans les Himalaya j’ai vu de la poudre ocre et rouge

    dans le bar d’à côté les mêmes couleurs

    plus un peu de formica réverbérant le soleil

    moucheté de la misère

    qui n’est pas un soleil

    juste un peu de puces et de poussière

    dans le couloir de chez mon ami

    avec aussi le chat

    les paillettes des dieux d’Egypte

    les élans du sexe

    âcres nuits d’amours.

     

     

    à Mawlana

     

    Vertige

     

    le créant

    je l’ai transformé

    dans ma main

    je n’avais cependant

    qu’un souffle

    une vie

    est un vertige

    de sable

    dans le moule

    du vertige même

     

     

    ________________________________________________

     

     

    Bénarès

    Essai pour ne pas perdre la poussière

     

    Celle des ruelles où tu t’avances puisque c’est l’heure et que tu as tout oublié de ta raison, celle de la société d’où tu viens et que tu portes et dont tu te défends, là parmi ces autres, et chez toi tu te sentais chez toi ?

    cela tu l’as oublié aussi

    L’évidence c’est ici, cette ruelle, ces échoppes, ces bruits de marteaux, ta faim.

    Comment décrire, comment percevoir ?

    Le rythme tu ne pouvais l’imaginer ni le souhaiter

    comment comprendre partager un peu

    comment décrypter ?

    Voici le Gange, le fleuve si réputé que tu cherches avidement jusqu’à ce qu’enfin accosté, un guide à demi moqueur t’emmène vers l’hôtel accueil où tu pourras vivre.

    Je n’aime pas décrire, mais ici il le faut, car ce lieu m’a arrêté, interrogé comme je l’interroge.

    Varanassi, Kashi, Lumière,

    la vieille ville du fleuve où tu marches en ce Noël,

    où tu remontes le temps, où tu ressens le battement d’un cœur

    au centre d’un autre savoir.

     

     

    A Christiane Tourlet.

     

    Palais temples mosquées dominant le fleuve

    Ruelles qui descendent à pic vers l’eau

    Mouvement incessant des hommes à la rivière

    Hommes des rues qui se mélangent

    Aux bœufs et aux vaches

    Ville commerces échoppes forges marchés

    Rives construites rives désertées

    La coudée intime l’ordre

    A la nature à l’homme

    De s’arrêter enfin.

     

    Le Gange Ganga la déesse lente la débordante

    charriant de sa nef

    la face construite des hommes

    et la rive émerveillée d’en face

    nue

    sacrée

    sable

    carcasse des bateaux ces mirifiques

    venus des temps

    leurs lourdes rames

    aucun moteur ne hante Ganga

    immuable

    la baignade des buffles et des enfants

    La ville marécage

    bords du monde

    campements agités de feux

    tremplins d’étoiles

    la nuit accueille en sa serre d’été les maudits et les nombres

     

    Qu’as-tu à écrire sur ce golfe de Gange

    là où cela s’arrête

    et qu’il te semble mourir

    à la vie éternelle

    accueilli des foules ici rejointes

    accueilli

    en ce repos

    terre plein sacré des barques sous la lune

    hymnes chantés toute la nuit d’une voix rauque

    Qui dira la science de dieu ?

    Qui la témoignera ?

     

    Morts marqués de Ram

    baignant sous l’étoffe

    couronnés

    attendant le pyré

    Les yeux des calcinés rongent la nuit

    éclatent de rigueur

     

    Ramayana le tambour et la voix

    Ramayana

    les doigts habiles sur les touches de l’harmonium

    Ramayana

    tu es le mythe chanté à un carrefour actuel

    répété guide

    du nom de Ram

    quel souvenir

    l’homme

    l’homme fait de bruits et de Ramayana

    le cortège maintient le mort

    les passants se serrent à son passage

    corps de bandelettes tressautant sur sa barque

     

    Palais temples mosquées dominant le fleuve

    ruelles qui descendent à pic

    vers l’eau

     

    La première fois

    je retins mon souffle

    la seconde

    j’expirai

    et fus dedans

     

    Je descends les marches

    je contemple l’eau le Gange

    le sol est chaud

    endormi lieu

    celui-ci t’a-t-il semblé absolu ?

    autres chemins j’y cours

    sans cesse

    je prie je crois j’escalade

    je bois du lait j’ai peur

    je tourne dans des rues frappées de rouge

    de requins

    et de sifflets de rires quolibets

    de calmes et de fouets

    chiens crevés extases fureurs commerces

    ustensiles pneus routes ponts

    scandés de trains

    trains immobiles dans des campagnes

    carrefours lieux

    voyageurs entassés dans des gares

    sadhous nus

    entrée des pauvres

    Kashi lumière

    Portes vers…

     

    Je tremble j’appelle

    où est mon corps

    et les messages écoutés

    les sarcasmes essuyés

    les échanges monétaires

    je marche sur des épines

    je me fonds en un tout

    révélé épris de joie

    est-elle si facile cette boisson monotone ?

    Que fermente cette coupe

    en moi mes lèvres débordent

    des enfants jouent au cerf volant

    je suis accroché à cette ficelle

    et si elle craque

    ma foi je n’en sais trop

    peut-être le vent me poussera-t-il ?

    haut

    j’aurai si peur

    je suis en un corps sans nom

    je marche sur la grève

    si loin que je pourrai

    cerclé de mer

    un crépuscule désert

    je suis perdu

    enfiévré

     

    Lune saison nouvelle

    soir soir jour mémoire

    lequel est une extase ?

    quand je penserai à toi

    je m’unirai à toi

    tu seras la lumière équilibre

    une plénitude

    secret

     

    Je campe avec mes biens imaginés

    la force qui m’a poussé

    en cet instant

    où est-elle ?

    une voix se souvient

    une main prend la mienne

     

    Les femmes par centaines de barques

    se rendent pour la fête

    vagues pulsions chants

    battements qui planent

    essor

    Théâtre lueur

    sur la tête des femmes

    qui portent ces lampes

    agiles

     

    Corps couloirs labyrinthes pensées

    Ah cessez ce pêle-mêle

    je veux comprendre hurle le saint

    il s’assoit psalmodie

    dix ans

    non je n’y comprends rien

    il se fait musicien

    éplucheur de légumes

    marcheurs

    extase de la démarche

     

    Marcheurs proches

    égarés dans votre lutte

    à ne plus penser que de l’être

    l’être tellement à ne plus savoir

    Acte

    agissant encore

    indifférent

    Brûle l’acquit gonflé protégé

    de ce feu

    qui dévore et annule

    Invisibles et sans nom

    les pêcheurs d’âmes ont rejeté leurs filets

     

    Que cherchent le sorcier

    et celui qui l’épie

    quel pain fondent-ils en un corps si peu commun

    qu’ils se renvoient leurs égarements multiples ?

    cette trace d’un pas

    sur quelle poudre de cendre

    quel balbutiement

    Quelle gifle de colère ?

     

    Je contemple la lune

    ma femme m’a révélé la vie

    je regarde la lune

    la légende hésite se souvient

    et te commande

    une commande

    je la décorerai je l’enluminerai

    je ferai de la lune une épée

    j’apprendrai les symboles

     

    L’amour la nuit

    le poème donne à l’autre

    la coupe avec le vin

    soit ce qu’il contemple

    de l’invisible esprit ou danse

    le temps ne s’arrête qu’afin de t’inviter

    à chaque instant

    à mesurer tes secondes

    à l’eau de là.

     

    Corps constamment rejetant sur ses épaules

    la même tâche

    vivre et encore vivre

    au milieu de l’égarement et de la vieillesse

    la terreur de l’évidence

    la course enflammée de mon cerveau

    n’arrête pas les bœufs

    un bœuf vague erre et bouffe à l’étalage

    une saison roule et change de voyage

    je rencontrai cette route et me laissai rouler

    sans imprécation ni hurlement moqueur

    vers cette Chair

     

    Les gestes des vivants

    les gestes des statues

    se répondent

    multitude des sentiers

    tous divinisés

    Marques mille fois répétés

    regagnées sur le fleuve

    qui efface

    glissante eau signifiante

     

    Cloches cloches rites cloches

    peuplés des nuits

    le rite accompli

    marque un temps

    qui lui aussi

    accompli devient

    indifférent

    le lieu nasse t’attrape te protège et te relance

    dans la fusion du muable

    un lieu d’immuabilité

    Tenu.

     

    Bénarès Paris 1975-1980

     

     

    ________________________________________________

     

     

     

     

    PAYSAGES

     

     

  • Loire

     

  •  

    Un roi de trèfle en haut d’un vitrail

    un ange pacifique

    les foins bleuissent à la coudée

    le fleuve déchirant de Loire

    la vieille écluse

    en face le bistrot

    verts

    bariolés les volets

    s’identifie la lente prairie

    des terres patiemment communiées

     

     

    Anjou

     

    hirondelles et martinets

    à la fenêtre de mon enfance

    entraîne le flot de Maine

    sous les grands arbres

    à Reculée

    un vieux mât soudé au fond

    bouée rouge troublée d’égouts

    doctes guides des chemins ombragés

    méandres des coiffes

    maisons effritées poudrées de bruine

    j’attends ma mère

    au car de Rennes

    dans les cafés des hirondelles

    on descend la rue du ralliement

    bordée d’ardoises

    l’amoureux étourdi

    supplie l’amour

    passage d’agonie

    sous la voûte d’un baiser

     

     

     

     

    Anjou (ciel)

     

     

    hirondelles

    dossées au ciel

    musant le doux

    regard au monde

     

    clous et croches

    qui filent à la

    levée de (g)Loire

     

     

     

    (En Corse)

    Estelle

     

                                                                                                 Quand la nuit se mesure à cette crispation du ciel

  •      tisons des veilles sur le vieux banc

  •                                                                                              les épousés retournent

                               leur linceul

                 la cloche cogne

         le jour si bleu

         les ancêtres s’amenuisent

           au tournant de l’échelle

     

               

                                                                                                           Haute Corse, Albertacce

     

    une ligne sans mélange

    marque les cieux

    garde ta fenêtre

    ouverte

     

    berceau des épousés

    nuages

    leur cordon ouaté

    nuée de fantômes

    goule

    incurvée en les monts

    silence

    la pluie

    un roncier

    brûlé

    gravitent tes espoirs

    bandits !

    les terribles cochons

     

     

     

    Gênes

     

    bouge azuré de Gênes

     

    des filles crieuses

     

    colorient les désirs marins

     

     

     

    Assise

     

    Sur le toit d'Assise

    une vierge parle avec le saint

    Dans le jardin

    des rois quémandent

    Il est toujours temps

    de manger avec le voyageur

    la tranche de pastèque le pain et le fromage

    Il fait beau

    un u. l. m voltige dans le ciel

    le paysage s'est figé

    broyé

     

     

    Nuit

     

    La nuit mauve

    couche les filles

    au pied de l’arbre

    au néon vert

     

    Nuées de criquet

    stigmates

     

    Le baobab chemine

    ainsi le termite et le ronier

    vers le puits

    ensemble ils ont des contes

    des femmes et des enfants

    Au cœur de l’arbre

    un griot mort

    chante

    il y a même un banc

    pour s’y asseoir

    et des fourmis qui portent

    au loin les nouvelles

    Un vent brûlant

    secoue des rives

     

    Mobiles les hyènes

    poudroient le ciel

    Un film indien

    dorlote des lupanars

    Des promeneurs glissent

    sur des avenues de sable

     

    La nuit mauve couche les filles

    au pied de l’arbre

    au néon vert

     

    Thiès.Sénégal.1990

     

     

     

    Octobre

     

    des vignes illicites

    un lit de paille

    la jeune fille

    dorée par l’aube

    la maison

    battue des vaches

     

     

     

    été

     

    Le sexe bleu de l'été

    le sexe de l'amour

    doré

    a fronlé

    Tu as fait naître

    le temps de l'enfant

    le temps de l'enfant est venu

    Fleur te voici gonflée

    Babylone la bouclée

    Le rire a fusé

    de la fleur

    volée

    Avec toi je dessine

    d'arabesques cimes

    Mots pays contrées

     

     

     

    Des écoliers musèlent le haut ciel

    Les rapaces happent des cumulus flamme

  • Les rivières demandent à boire à des vendeurs d’occasion

  • Sur l’asphalte fendillé

    Des fillettes lavent

    Une citerne d’ombre

     

     

     

    Après midi de juin

     

    Apollinaire je révère

    ton soleil ardente lyre

    les rues inconnues s’entassent dans la mémoire

    naissantes horloges aux étoiles

    un amour cherche une forme

    des titubants s’accrochent au refrain

    les endettés n’achètent pas d’actions

    les autres clochardent amoureusement

    elle et lui sous l’embrasement d’un porche

    l’aimera-t-elle demain ?

    se tiendra -t-elle encore contre lui ?

     

     

    A un café de Fécamp

     

    Ainsi posé

    Je renâcle

    dedans le ventre

    de ma mère

    Elle dans sa jeune robe

    verte à rayures même pas belle

    les traits tirés chignon fiché

    Elle qui m'attend

    Elle qui me tend

    à cette table machinale

    Café volé au gré du vent

     

     

    Les mouettes au gré

    des mâts

    s'écrient

    le bleu si pur

    Entre les toits

    elles passent

    bombées

    comme des hydravions

     

     

     

  • Les amants ciselés des fontaines

  • Un soir s’éprennent

    Du tonnerre ce ciné

    Cette fille et ses seins quotidiens

    Donnez-nous notre laitbdomadaire

    Gentille chamelière

    Le genre humain n’est pas tous les jours

    en Guerre

     

     

     

    Amours

     

     

    à Françoise A.

     

    Il y a eu

    Les arbres de l'hiver

    Toi marchant si frêle

    Habitée d'un vertige grave

    Alchimie mariage noir

    Banc de frissons

    Couleurs grises des ardoises

    Nous avons marché jusqu'à l'eau

    Péniches de Notre dame

    Corps silence de la Rose

    Pavillon bleu de ton studio

    Couloir sexe sang des peintres

    Tu me tends les bras Lou Lou

    Un oiseau au-dessus d'une vallée

    Un préau d'enfants où dorment

    De petites filles allongées

     

     

     

     

    Les fiancés de la mémoire

    descendent pour la nuit

    mains serrées

    face à l'éternelle étoile

    la terre remue

    la longue nuit

    des bêtes lentes

    qui t'attendent

    quand viendras tu

    étreinte

    Restituer

     

     

    Gaîté

     

    Les sanglots sont entrés en fusil dans ta vie

    L'amour défiguré

    N'a guère servi de sens

    Voici l'homme injustifié

    Indolent

    Pétrifié

    Quel hymne peut bien renouer

    Compassion infinie

    Dans cette nuit refusée

    Le fermier debout

    Ne comprend guère

    Les douceurs de la vache pour son petit

    Demain le troupeau abattu

    Dans un matin de sorcellerie

    Pleure le clocher

    En ce pré blanc de nuit

     

     

     

     

    métro

     

    Citadelle fichée dans le vent

    Un postier s'en détourne

    Pour suivre son amour

    Je tombe

    Du haut de cette tour

     

     

     

     

    Amer

    Elle, 

    l'absente

    a relégué 

    sa vie

    ses sandales

    dorées

    ses ongles

     vernis

    au rayon

    des objets

    Perdus

     

     

     

    L'amour entier s'est épris de misère

    Les femmes ne se sont pas détournées

    Plus jamais

    Elle

    Ne reviendra

    La dolce amie

    A mangé son collier

    Tondu de solitude

    Les armées se sont serrées

    Les femmes

    Et leurs berceaux

    Dans les collines

    Ont tué le dieu le dieu

     

     

     

    A l'Arioste

     

    Libéré de l'arbre et du crime

    Angélique s'échappe

    Le comte Roland court éperdu parmi les monts

    Il pleure Angélique

    La beauté des tournois

    Il culbute les géants

    Franchit les précipices

    En vain

    Bradamante & Roger Isabelle & Zerbin Angélique & Médor

    Construisent d'étranges romans où s'aiguisent les ongles

    Le roman glisse des mains

    Reste Roland le comte angevin

    Des fées anciennes arrachent son cœur de leurs rets

    Les sapins défient ironiques ses colères

    Quand bien même il ébranlerait la montagne

    Angélique s'échappe

    Roland furieux tue des ombres sans mémoire

    Paris 2002

     

     

     

     

    JUANA

    la scène se passe sous les tropiques parce qu’il y fait chaud que les corps sont nus le rêve propice et qu’il y a la mer

    Le train qui t’a surpris la place qui s’avance

    abandonnée odeur la chambre où je t’ai perdue

    Cabane de Juana sur cette plage

    Elle me passe sa salive sur l’eoil, je l’entrouvre,

    Nous avons bu l’écide, les champignons, l’herne, la fulée,

    Cent grammes du journal esclavagiste,

    Un mulot que nous avons croqué.

    J’ai jeté mon rasoir,

    Nous avons pivoté autour de notre peau.

    Semaines symptômes à créer des haines,

    écartelées solitudes des frères asilés.

    Fichés aux crocs économiques nous allons raconter

    la tranche de vie,

    Je plongeai dedans l’image, le couteau entre les dents.

    Monastère piaule des anonymes peintres,

    Villages oubliés où l’on boit

    La radio, le crème, la télé en prime.

    La connerie a regagné les terres,

    Communié à chaque pierre.

    Les villes affaissées d’inhumanité ont glissé,

    Raz de marée, engluement, charniers,

    Tes bras ont pris la hotte, tu as défriché.

    Celui-là baisse la tête amer sur le banc du métro de la critique,

    abominable prise, la fureur lui rentre, le concret l’a quitté.

    Toits de neige, toits du marché

    d’où tu reviens les poches vides,

    Je me retrouvai fissa commis aux banques trusts

    du quotidien milliard qui troue les têtes des consommateurs

    de ses révoltantes annonces,

    Révoltes répétées où muselés, on exécute

    Juanina avait trente sept langues et deux vagins,

    elle me léchait jusqu’à l’aurore,

    Je me fondais en cette nuit et vivais à l’envers des gens,

    remontant toutes les pentes, dérivant sur cette page

    où la mer frappe si obstinément

    avec tes yeux, ton âme.

    Le vide si bien porté,

    Le vide mouillé, balbutié,

    Il est sorti de la ville,

    Il a absorbé les morts, les vivants, les enfants,

    Chiqué des guerres et craché à ta porte.

    Je l’ai accompagné à l’hôpital,

    Je ne savais que lui dire,

    Toi, le vide,

    Plus qu’à partir dans des récits de mains

    et s’endormir en taule.

    Juana marche sur la plage, un enfant dans les bras.

    La manifestation blanche s’amenait tranquille et douce,

    Elle venait de nulle part pour n’aller nulle part.

    Aucun principe en ce regroupement qui cerna le leader de l’oubli

    Pour le relier à l’écorce des hommes univers,

    mais il ne sut que piétiner en son discours gonflé de tarentules.

    En finir avec l’accord de cette foule et du pouvoir.

    Le militant Kamchaptka se tailla un renom en décrétant

    le boycott radical de toute cette pacotille progressiste.

    On promulgue, loi d’usine, loi martiale,

    On s’use à la sortie des docks.

    Je m’affale au bar, suave bave d’alcool,

    Je me laisse tenter par Mackie la putain qui réinvente la rue.

    Un type me lance une imaginaire décharge en plein crâne,

    Le garçon surgit du comptoir une hache à la main,

    Il égorge une bohémienne qui lisait détective,

    L’indien qu’on baptisait coyote sort emportant son wigwam,

    Un masque me frappe sur l’épaule et me demande du feu,

    Je me mets sur le dos.

    De la radio jaillit le mélo,

    Du parti surgit le héros,

    Des limousines sortent des révisos,

    D’un pédalo émerge un harpon tenu par Moby Dick,

    Saoul, sans baleine et qui rentre chez lui.

    Les paysages perdent leurs bocages,

    Je lis dans sa main les poèmes d’Etrange.

     

     

    L’eau recouvre Juana qui s’enfonce plein océan,

    pieds nus, seins, bouche.

    Un moine sculpte un mégot.

    Des clients se déchaussent.

    Un oiseau échappe aux tirs généralisés.

    Un conférencier racle sa mémoire

    " J’ai inventé l’homme ".

    Le philosophe présocratique baguenaude

    sur le chemin de la montagne,

    il peut voir son cerveau comme un cockpit,

    Tout est couvert de merde fabrication allemande,

    ça empeste les frontières héréditaires.

    Le scalpel à dents de l’ethnographe lui écorne les os,

    J’incendie de décibels les rues et les travaux.

    Dans le boudoir l’abbé revêt la putain de sa monture,

    Il lui écarte son sexe qu’elle a peint,

    Le diable surgit pour les limer tous deux,

    Exit le diable.

    L’abbé se juche sur le parvis

    "Mes frères! Qui n’a jamais débloqué

    ne s’en prenne qu’à lui-même.

    Innombrables les chemins des sens arômes flots"

    il s’assoit posthume

    "A Monsieur le Gouberneur,

    je vais lui murmurer là,

    devant tous ces chrétiens,

    le bruit du pet du condamné,

    dernier cadeau des goubernés au gouberneur,

    dernier Kouak au front de l’Idéal. 

    Sur le toit du monde Mao danse un vieil hymne

    A la gloire des gardiens de vaches tibétains.

    La grandeur va apparaître,

    Une nuit où je n’étais pas,

    Une nuit mais au delà.

    Je bégayais je lapais

    La neige des libertés.

    Flots de rats poussés par des militaires

    investissant des organes miniers.

    Mains d’ouvriers sur des charniers

    chauffés à blanc de travail gracié.

    Camps de réfugiés exterminés

    en plein midi grâce à la télé.

    Millions de TNT sur la tête des passants

    Otages.

     

     

    La parole récitée seule

    introduit un élément de pouvoir

    sur le trouble béant,

    La Parole récitée seule

    éprouve la robustesse des corps,

    Le mot ciselé, dit et joué,

    est le dernier rempart

    avant l’étroite sente

    où le renfermement conduit.

    Vision dramatique

    Carrefours soudoyants

    Qui n’arrivent que par émeutes

    Dans une parole inespérée

    par personne.

     

     

     

    Le caboteur nous conduisit à la ville de Hamm

    Mais nous coulâmes bien avant

    A la descente d’un bus je la vis

    Appuyée à un mur

    Mâchonnant une orange

    Je me suis approché

    Jusqu’à te toucher

    Tu as ri

    Tu t’es mise à courir

    Pieds nus en cette pluie

    Je t’appelai d’un cri

    Juana

     

     


     

     

    Questions

     

     

    Le Poème

     

    Recherche détour

    Une caresse de mots, une trépidation,

    Que dit le poème? cette source douteuse.

    Une pureté, une intelligence de gloire?

    Un code de retrouvailles de caste?

    Oh! les lectures du petit carré des fidèles

    Que viennent ils chercher dans cet oracle?

    La vieille superstition

    Il y aurait dans la parole un morceau de la pierre originelle,

    Tous drapés de blancs les adorateurs des divinités d’orient et d’occident

    des salons balzaciens.

    Ou alors une nouvelle attitude, tranchée, assise,

    Déséquilibre mais palpable,

    Forme jeune vieille

    Combats avec l’ange

    Idées, mots, vagues identifications.

    Je suis dans le jeu de mots comme le curé dans la fange,

    Mieux ! j’ai cassé la cathédrale,

    J’ai sanctifié l’huile et le mourant.

    Des encens émotifs d’amours et de reconnaissance,

    Des accusations, des récitatifs

    Le poème

    tend vers toutes les formes,

    Magma primordial

     

    dieu est poète nécessairement

    ou plutôt le poème déroule pour l’humain quelque chose de sa coiffe

    quelque chose d’une infime partie de la divinité confuse

    croyez vous?

     

    le poète soulève les cailloux,

    renifle avec son stylet les odeurs, les dimensions, les humus, les amas,

    merde étoile crotte de chasseur chaises cassées

    formes à côté d’un abîme, équilibre à genoux.

     

    Ai croisé des poètes,

    humains très humains à la manière sociale,

    dans la pose des poètes trop de mensonges.

     

    La poésie est la trace d’un global.

    Qu’est-ce qui veut écrire? Penser ?

    La question est pour tous

    Qu’est-ce qui veut ne pas être englouti?

     

    Faire des miracles faire des miracles

    Réunis parfois dans des visions, mais rare

    une ferme ancienne flambant neuve.

     

    Les poètes et les grands mots

    Soleil Monde Univers Océan

    Tout cela qui ne tient pas dans la main, ni même dans le langage

    miroirs crevés

    cimetières d’abondance

    Désespéré n’est qu’un mot accroché à une machine

    Le désir bout

     

    Si je te racontais mes fantasmes?

    Les tiens t’intéressent davantage

    et ton fric, OK.

    Ce que j’aime chez Ezra : le décompte de la bourse,

    Poème de la mondialisation, le décompte:

    J’ai une semaine devant moi de déficit

    cinquante mille francs

    cinquante ans passés

    les artères rétrécissent

    pas de perspectives d’amour

    les journaux mentent.

     

    Le poème

    équilibre? évite? ou portion congrue ?

     

    J’ai regardé le fond du bol

    Un rayon de miel arboricole

    (référence et reconnaissance à Ryokan)

     

    Fouille fouille les décharges

    mirifiques traînées d’hommes

    la fourmilière ennemie des provinces

    les stations sexy branlent

    Bonheur mieux que la mendicité dans la nuit.

     

    Ce que tu cherches si contradictoire

    Ronge le poème

     

    Poupée gonflée dégonflée

    Des zeppelins bleus d’artifice

    Dans les nuées empourprées

    Les blés fauchés des destinées

     

     

    Paris 2000

     

    Relieur

     

    Quel est le relieur du mot à l’image ?

    ô questeur

    la question de qui frappe le sens

    et le porte

    cette question est dans ce qui le retient

    en son ascension comme dans sa chute

    les souvenirs du corps

    sont les dieux noirs

     

     

     

    Ces femmes

     

    sont les roses d’un vieux livre

    renouées à chaque pas

    Ode à ce désir,

    sans ce récif

    qu’y aurait-il?

    Ode

    les mots tintent leurs carreaux d’inconstance

    En moi rôde

    une si furieuse

    envie de dire

    Ode aux lutteurs

    du verbe

    ceux qui l’ont torsadé

    qui ont senti les guirlandes

    O Stéphanou(s) !

    C’est une plage atteinte par les amoureux

    Page en un mouvement

    si bleu

     

     

    à Hölderlin

     

    Chant

     

     

    crispée de bleu

    la main se hanche

    serré de sang

    le corps

    arc boutés

    les hommes sphères

    d’errement

    et du chant

     

     

     

     


     

     

     

     

    © tous droits réservés, Dérives, anton alain.


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