CASANOVA GIACOMO

 

 

Giacomo d'après Meng

est il un génie?

 

A réévaluer sur toutes les chaînes avec ou sans pub

Car dites moi amateurs du XVIII connaissez vous beaucoup d'enseignants sup ou moins sup qui ont lu   Casanova ?

où est -t-il étudié ? à l'agreg?

Connaissez vous des lecteurs des passionnés qui vous disent

il y a quelque chose de fabuleux avec Casanova,  d'inépuisable, en tout cas vraiment pas épuisé

évidemment quand on commence à chercher il y a toujours des spécialistes, des qui connaissent, je voulais juste signaler, combien  dans des cercles moins spécialisés, l'oeuvre est peu lue, en tout cas pas à sa place, et certainement pas assez reconnue à la grande place qu'elle devrait avoir

je voudrais juste lancer effleurer un peu de ma lecture 

J'écrivais cela avant l'exposition de la BNF, apparemment des responsables ont pris au sérieux Casanova et ses manuscrits, avec sans doute une réédition plus complète à venir

signalons qu'en ce moment, le Casanova dans la Pléiade est introuvable et épuisé

la question n'est pas d'être spécialiste, mais de prendre du plaisir à LIRE cet auteur qui vous assure découverte et action en même temps qu'un portrait si vivant et si multiple d'un XVIII d'avant la révolution

 

écrire

Voici Giacomo, le chevalier , épuisé, fatigué, comprenant que c'est l'heure, mais il n'y a plus d'abri, pas d'emploi, en fait  il s'est brûlé lui même, pris à son jeu, il a vu, joué gagné, et voici le temps qui met fin à son acte, dernier acte, lui qui pense en théâtre

alors écrire

comme à chaque fois qu'il n'a plus de quoi, 

                                                    écrire, s'enfermer dans une bibliothèque

et se revivre lui, en jeune héros, attiser sa mémoire, écrire,  sans aucun contrat éditorial, en sachant qu'il écrit pour les murs, un ultime coup de dés , pas de prime à l'écrivain, pas de reconnaissance en vue, pas de salon pour faire le beau comme l'autre notre Chateau à nous,

rien

un château désert, DUX,

il y a de quoi manger, on le surveille, il est libre d'y rester, pas de dernier duel ou  d'escapades,  rien que l'écrit, la vision du siècle traversé, la mémoire des notes qu'il a prises, une divagation dont il est le seul filtre, il sait qu'il dit des vérités qui ne seraient guère acceptées, interdites, sans doute,

acte d'écrire pur, et en français, face au mur, entêté, et seul,

rien que pour cela il est grand, il défie, il parle dans le vide, dans la compréhension d'une intelligence qu'il a eue du monde, jamais vraiment partagée,

comme les politiques, il n'en a toujours montré qu'une partie, cette fois, il veut un grand tout

il  parle à un lecteur  étrangement indéterminé, il s'adresse à  ce lecteur, proche, et distant, a qui s'adresse-t-il vraiment ?  à ses contemporains sans doute, il a tellement dialogué, rencontré, mais il s'adresse aussi curieusement à un lecteur au delà de la mort, au delà de son temps 

bien plus que Stendhal il écrit pour dans cent ans, et encore la réalité éditoriale a été pire qu'il ne pouvait penser, car son oeuvre aura attendu cent ans pour être remaniée en bon français et expurgée, des mains inconnues auront brutalement arraché la fin des mémoires, disparue, encore heureux que le livre entier ne fut pas détruit

 

Il n'a pas la grâce de Rousseau,  c'est un peu sec, d'autant qu 'il n'aime pas la fausse poésie, il est bien des lumières, précis, analyste, critique, il y a des visions,  mais la prose n'est pas douce, parfois un tableau de théâtre, une gravure  estampe

il y apporte une autre grâce, l'énergie; lisez donc une journée de Casanova à 20 ans ou à trente ans, ce qu'il peut agir et mentir en 24 h, éprouver, monter, combiner, désirer, tenter, esquiver et parfois tomber,

il y apporte surtout ce qui manque à tous les autres fameux livres (canoniques et canonisés) un écrit d'homme, une sexualité  réfléchie, adulte, pas toutes ces circonvolutions allusives ou gommeuses, des grands auteurs, il affronte le désir, on le voit se soigner des maladies vénériennes, utiliser des préservatifs, 

et pourtant il n'est pas cru, l'amour est premier, recommencé à chaque fois, afin qu'une scène d'amour et de séduction éclose, aboutisse, pas de jouissance sans cette éclosion qu'il force,  la femme participe, donne forme, si elle ne consent alors, Casanova se détourne s'en détache ou trépigne

ses femmes sont des personnalités, honorées, il aime les femmes on peut le lire pour  cette reconnaissance

Je le lis pour l'énergie, promenez vous avec Casanova, le mouvement s'empare de vous, voyage, chevaux courses, auberge, échanges multipliés,

affaires des uns et des autres, hommes qui réussissent, qui sombrent, tout est vu, dit, il sait beaucoup de choses, se moquent parfois, au milieu des grands et des mépris

 

car il n'est pas grand chose, fils d'acteur et d'actrice,

frère peintre

lui chevalier

dangereux

n'aller pas lui dire un mot

lui, ne plie pas, jusqu'à l'absurde, il est duelliste, et d'un courage hors du commun, il ne cède pas, il est un peu tueur, d'où les lettres de cachets de ces majestés qui défendent leurs nobles

le protègent aussi contre des assassins à la solde qui pourraient le tuer, interdiction de se promener à pied, !

noble pas noble

mépris complet pour la révolution française qu' il ne comprend pas, il a un mot terrible pour les émigrés rencontrés en Allemagne, qu'est ce que vous faites là, vous ne vous êtes pas battus? vous êtes des lâches? 

lui  si critique, si provocateur,  n'a aucune rencontre avec cette révolution là

c'est sans doutes une raison de son rejet, il n'est pas révolution, il est donc d'un autre age tellement l'idéologie s'est fabriquée ici au travers du prisme républicain,  il est teigneux, anticonformisme, et en même temps immobile

 

On le voit s'amuser, il passe son temps à chercher à s'amuser, la grande vie, le plaisir, avancer, pas seul,

en société

c'est une leçon sur l'homme en société

et pourtant une solitude entretenue, il travaille pour lui, il se sauve lui, il a confiance en lui,  égoïsme?

non il a le sens des autres

on le voit accoucher, pleurer aussi

 il donne il partage

mais il ne rend de comptes qu'à lui-même et maintenant à nous

parfois il voudrait bien, se distinguer, prouver son intelligence, il est plutôt financier

il gère des loteries, et surtout il est un joueur de pharaon, 

ce pharaon au coeur du XVIII, interdit par les papes, puis l'autre qui interdit le jeu mais autorise la danse

 

A quand un ballet sur Casanova ? car  il est danseur, 

image de Casanova, en pierrot blanc, allant danser, seul, à Venise

à Séville, dansant , à Rome dansant, 

 

il écrit 13 heures par jour, il remâche ses mémoires, il sculpte sa mémoire, on n'est pas devant une oeuvre jetée, on est dans un projet obsédant, maniaque , protecteur, 

il cisèle des estampes, 

il en jouit encore, il arrive à la fois à jouir des plaisirs et pourtant il sublime

 

fils d'acteur et d'actrice, il me semble que toutes ses interventions et ses attitudes relèvent d'une pensée théâtrale, il se déguise, il se costume, il joue des scènes et des mises en scène, il joue en direct dans la grande scène du monde,

ainsi sur arte lors d'une dernière émission assez pauvre en images , on présentait bien que lorsqu'il décide pour la première fois de porter l'uniforme, après avoir été prêtre, il se construit un uniforme imaginaire, qui n'est d'aucun pays, mais qui est pour lui l'uniforme et qu'il porte fièrement à travers tout Venise,

autre grande scène, celle où il se retrouve en Pierrot  après avoir dansé toute la nuit, il se retrouve vêtu de ce seul  costume au petit matin,à Venise,  il a froid, il apparaît fragile, menacé, et combien triomphant,  c'est une scène pour lui et pour nous,  sa manière si intime que cette théâtralisation  constante

et comme il dit beaucoup, comme il transgresse et ne cesse d'agir, les psy ont de quoi déchiffrer, car s'il y a de la lumière chez Casanova, il y a de l'ombre et du sang.

Autre difficulté et plaisir, c'est cette écriture en relation permanente avec lui même, il évoque si vivement un présent disparu,  mais avec des constants retour sur lui même, bien plus que dans d'autres autobiographies. Pour  Casanova  il s'agit à peine d'une autobiographie,  l'invention est romanesque, il invente , réinvente, même en s'appuyant sur des faits et des personnages réels. Qu'a-t-il réalisé vraiment? Qui étaient ces figures et personnages dont il campe si âprement les traits et les intentions? Casanova certainement s'en joue, se réinvente tel qu'il aurait aimé être, plus qu'un autre il mélange mensonge et vérité, ce qui rend la lecture des Mémoires extrêmement improbable,

C'est une quête d'un lui même jamais assuré, car la vérité de ce siècle est qu'il n'v avait pas de place autre que celle d'être toléré par quelques spirituels protecteurs.

Quand il écrit, les dés sont joués et il voudrait bien être enfin quelque chose , alors il écrit, son dernier recours

 "A quoi bon les désirs quand on a perdu les moyens de les satisfaire? J'écris pour tuer l'ennui, et je me réjouis de me complaire dans cette occupation. Si je déraisonne, que m'importe. Il me suffit d'être convaincu. (tome 3 La Pleiade)

 

 


 vous pouvez enfin lire toute l'oeuvre

MEMOIRES SUR LE WEB

et les manuscrits à la BNF

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6000810t.image.f11

 


peter O toole dans le rôle de casanova en 2006

Peter O’Toole plays Giacomo Casanova in his later years, a castle librarian living alone, in a “Masterpiece Theater” production.

 

Philippe Sollers, Casanova l'admirable, 1998

Thomas Chantal, une dame qui en sait long

Casanova, Un voyage libertin, Denoël, 1985. Folio n° 3125.

Corinne Maier Casanova ou la loi du désir, Imago, 2002.

Corinne Maier, article  sur le net:  la dynamite de l'obscène et le hic de la perversion ,
 l'obscène, et  la perversion dans l'art, chez Sade et  Casanova

 Fabula, une critique très documentée du livre de Corinne Maier, Casanova ou la loi du désir,  par Ilona Kovacs qui lui reproche d'oublier ce qui a été écrit sur Casanova, en citant les meilleures études sur Casanova

Casanova   Alain Jaubert 
Distribution électronique Cairn pour les éditions érès. © érès.

 

François Roustang Le Bal masqué de Giacomo Casanova
aux éditions de Minuit 1985, du travestissement et de la fuite

Casanova La contagion du Plaisir  par  Jean Didier Vincent,  éditions Odile Jacob 1990
le neurobiologiste insiste sur le corps et les maladies de Casanova qui rythment  les étapes de sa vie, ses nombreuses véroles, Casanova est un homme de bonne santé et de bon appétit, les maladies sont des moments  de transformation et d'interrogation de ce corps désirant.

 

enfin le grand site dédié à Casanova

Casanova de Seingalt   faites le start et roulez carrosse

 

 

 voyageur incessant, on peut le lire au travers de ses moyens de transports

 

 

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